Le Tour du Cervin… cette fois, c’est bon ! (1ère partie)

Ça faisait plusieurs années que je voulais faire ce mini-raid de ski-alpinisme qui se fait en quatre jours au départ d’Arolla. Chaque année, on prévoyait de partir sur le week-end de Pâques, et chaque année on devait annuler pour cause de mauvais temps ou de conditions de neige trop risquées. Il y a trois ans, nous sommes mêmes partis, mais cela n’avait pas été une grande réussite.

Cette année, cela a failli être pareil. Après une période de 15 jours de temps anticyclonique (on se croyait presque en été tellement il faisait chaud), voilà que les perturbations s’installent à nouveau sur nos régions une semaine avant la date prévue pour notre départ. Au fur et à mesure que les jours passent, je suis pendue aux bulletins météo qui nous annoncent un week-end pascal au tison et je me dis que ça va encore être raté cette année pour le Tour du Cervin.

C’était sans compter sur la détermination de Jean-Pierre qui, faisant une analyse plus fine que moi des bulletins météo pessimistes, a su y détecter un espoir de fenêtre météo plus favorable sur la région du Valais Central et la Vallée d’Aoste.

En attendant le bus à Sion

Arolla et le Pigne

L’Aiguille de la Tsa et les Douves Blanches

Au matin du vendredi 6 avril, nous sommes donc 4 à attendre le car postal à l’arrêt Casernes de Sion pour monter à Arolla. Le ciel est bleu et le soleil nous réchauffe… pas mal pour le premier jour d’un week-end qualifié de maussade. Je me dis que si c’est ça le mauvais temps, je veux bien qu’il nous accompagne pendant les quatre prochains jours.

Vers midi, après un changement de car aux Haudères, nous voici à pied d’oeuvre à Arolla. Nous nous équipons, chaussons les skis et serrons les chaussures et là, c’est la poisse… au moment où je rabats le crochet (celui du milieu, juste sur le cou de pied… le plus important, quoi), la languette crantée en plastique casse nette. Aarrrghh! Je me dis que je vais devoir faire 4 jours de raid avec une chaussure que je ne peux plus serrer et je commence à angoisser. J’appelle Jean-Pierre au secours et lui demande ce que je dois faire. Ni une, ni deux, il se baisse, attrape mon pied, tire sur la languette et ferme le crochet… et me dit qu’on verra ce soir au refuge pour faire une réparation plus durable. Sur le moment, j’ai l’impression de faire un remake de la scène des « Bronzés font du ski« , vous savez, celle dans le magasin de sport où Thierry Lhermitte et Gérard Jugnot se mettent à deux pour fermer la chaussure de Josiane Balasko. D’ailleurs je crois que je pousse à peu près le même cri qu’elle dans le film… et puis une fois habituée à la douleur, je me calme.

Sur le Glacier de la Pièce

Un hélicoptère quitte les Vignettes

Ce petit problème technique étant réglé, nous empruntons le téléski de Fontanesse pour gagner le départ de notre rando. Cette première journée consiste à monter à la Cabane des Vignettes. Une étape somme toute très classique pendant laquelle nous croisons beaucoup de monde. Année patrouille oblige, il y a aussi beaucoup de collants-pipettes qui s’entraînent, mais étant donné leur vitesse (à la montée, comme à la descente), c’est tout juste si on les voit passer…

Arrivée à la Cabane des Vignettes

Note : pour ceux qui ignorent ce que sont des collants-pipettes, il s’agit de personnes qui font la même chose que nous (i.e. monter et descendre des montagnes à ski), à ces quelques différences près :

  • ils sont habillés en combinaisons ultra-moulantes,
  • ils ont un tuyau qui dépasse du sac pour s’abreuver constamment,
  • ils ont des skis et des fixations ultra-légers (et très chers !),
  • ils sont bardés d’appareils qui leur donnent l’heure, l’altitude, le rythme de leurs pulsations, la distance jusqu’au prochain ravitaillement et j’en passe…
  • à la montée, ils font, au minimum, du 1500 mètres à l’heure (à titre de comparaison, le randonneur moyen tourne plutôt entre 300 et 400),
  • à la descente ils vont tout droit (un, parce que les virages ça fait perdre du temps et deux, parce que leur matériel ultra-léger n’est pas conçu pour se faire plaisir en godillant),
  • ils ne s’arrêtent jamais pour admirer le paysage et faire des photos !

Tout cela leur permet cependant d’accomplir des choses exceptionnelles, comme le montre cette vidéo sur l’édition 2010 de la Patrouille des Glaciers :

Fin de la parenthèse sur les collants-pipettes, revenons à notre raid…

La montée se fait sans histoire, si ce n’est que j’ai tellement serré mes chaussures que ça me fait mal aux pieds au point de ne plus pouvoir avancer correctement pendant la dernière heure de montée. Heureusement, une fois au refuge, Jean-Pierre trouve une solution pour me rafistoler ma languette crantée pour le reste du raid et cette histoire ne sera plus qu’un mauvais souvenir.


Au col de Chermontane

Le lendemain, quand on se lève vers 5h30, le temps a changé et la cabane se trouve noyée dans une purée de pois. Le gardien nous assure cependant que cela ne va pas durer et que le temps devrait se lever dans la matinée. Pour nous, pas de problème puisque notre étape n’est pas très longue et on en profite donc pour prendre notre petit déjeuner tranquillement. Par contre, pour tous ceux qui ont prévu de rallier Zermatt dans la journée (la Cabane des Vignettes se trouve sur l’itinéraire classique de la Haute Route), le choix est cornélien. Bien qu’il n’ait quasiment pas neigé ni soufflé et que la l’itinéraire bénéficie d’une trace parfaitement marquée par les passages des jours précédents, beaucoup n’osent pas s’engager. Et je me rends compte que cela concerne même les groupes accompagnés de guide professionnels. Tandis que j’enfile mes chaussures, j’entends même un jeune guide qui dit « Et si un de mes clients se blesse au genou ? L’hélicoptère ne pourra pas venir le chercher dans le brouillard… ». Venant d’un guide, cette remarque m’interpelle… mais comment faisait on il y a 20 ans quand, sur le même itinéraire, on n’avait même pas de poste radio pour appeler les secours ? Décidément, même en montagne les pratiquants demandent maintenant le risque zéro… drôle d’évolution de notre société.

Le Petit Mont Collon

Montée vers le col de l’Evêque

Pointe d’Oren

Vers 7h30 nous sortons de la cabane et chaussons les skis pour effectuer la courte descente qui permet de gagner le col de Chermontane. Nous sommes seuls puisque hormis quelques courageux partis tôt ce matin en direction de Zermatt, les autres groupes ont finalement décidé qu’il était plus prudent de redescendre directement sur Arolla. Une demie-heure plus tard, tandis que nous collons nos peaux de phoque, le ciel commence à se fractionner et laisse apparaître, un à un , tous les sommets environnants. Nous faisons tranquillement les 450 mètres de montées en suivant une trace impeccablement marquée pour arriver au col de l’Evêque sous un grand soleil.

Au col de l’Evêque

Vue sur le Mont Brûlé

Au col Collon

A partir d’ici, il ne nous reste plus qu’à rejoindre le col Collon pour descendre la longue combe d’Oren et rejoindre le refuge de Prarayer où nous arrivons juste à temps pour le repas de midi. Tandis que nous dégustons les pâtes italiennes, nous sympathisons avec les occupants de la table voisine. Parmi eux, il y a Edy Grange, un guide de Courmayeur, qui, je le découvre, a fait partie de l’équipe de recherche du premier soir lors mon accident à la Dent d’Hérens. C’est avec beaucoup d’émotion (surtout pour moi) que nous nous remémorons ensemble cet incident et moi ça me fait vraiment plaisir de pouvoir le remercier de vive voix… même 16 ans après les faits !

Traversée du col Collon

Descente du col Collon

Nous passons sous le refuge Nacamuli

Face au mur de la Singla

Descente vers Prarayer

Arrivée au refuge de Prarayer

Le reste de l’après-midi est consacré au farniente (après tout ce sont tout de même des vacances !) avant la journée du lendemain qui sera le plat de résistance de notre raid. Mais ça, je vous le raconterai dans mon prochain billet…

Toutes les photos sur Flickr


 

 

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Un commentaire pour “Le Tour du Cervin… cette fois, c’est bon ! (1ère partie)
  1. Damien dit :

    Pas mal du tout ce petit trip !

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Brigitte Djajsasmita

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