Le Tour du Cervin… (suite et fin)

La première partie de ce récit

Au réveil du troisième jour le temps est au gris. En fait tout l’après-midi de la veille (pendant qu’on faisait la sieste) il a plus ou moins neigeoté, mais rien de bien violent. Au petit déjeuner, sous les bols qui sont retournés sur les tables, chacun découvre 3 petits oeufs en chocolat. Nous sommes le jour de Pâques et les gardiens du refuge Prarayer ont tenu  à marquer le coup… c’est vraiment très sympa !

Ce n’est que lorsque je sors du refuge sur le coup des 6h45 que je me rends compte que le temps de ce matin n’a pas grand chose à voir celui d’hier. Non seulement le ciel est gris et bas, mais en plus il souffle un vent du nord violent et glacial. D’ailleurs pendant que je colle les peaux sur mes skis, une rafale un peu plus forte que les autres déséquilibre une paire de skis adossée à la façade, et du coup c’est l’effet domino avec au moins dix skis qui se retrouvent au sol, dans le style Mikado géant.

A 6h58 le matin de Pâques

Départ du refuge Prarayer

Sur le coup des 7h nous entamons la plus longue étape de ce tour. Nous ne le savons pas encore, mais dix heures vont s’écouler avant que nous puissions rejoindre le refuge des Guides du Cervin où nous devons passer notre dernière nuit. Un autre groupe (des Lausannois) se dirige vers la même combe que nous et comme ils font la course en aller-retour avec des sacs allégés, nous les laissons passer devant. Avec nos sacs de raid, plus lourds, nous avançons à un rythme nettement moins rapide qu’eux.

Le Buthier

Après avoir suivi le fond de la vallée sur plusieurs centaines de mètres, nous empruntons le petit pont qui permet de franchir le Buthier et poursuivons sur la rive gauche. Un peu plus loin, nous faisons un court arrêt pour mettre les couteaux avant d’attaquer la première première série de conversions (de plus en plus raides) qui permettent de franchir une barre rocheuse.

Dans le brouillard

Vers le Glacier de Bella Tsa

Vers 2400 m, nous débouchons dans le bas de la combe de Bella Tsa et poursuivons notre montée vers le col éponyme. Le temps continue à se dégrader et, en plus des bourrasques, nous avons droit à quelques épisodes de neige. Ce temps hivernal fait qu’il n’est pas possible de s’arrêter pour manger ou boire, sous peine de se voir rapidement transformé en glaçon. Après près de quatre heures de montée, nous arrivons au col de Bella Tsa, mais nous ne sommes pas encore au bout de nos peines puisque nous devons encore traverser jusqu’au col de Vaufrède.

Cette traversée parait bien courte sur la carte, mais en fait nous allons devoir :

  • mettre les skis sur le sac pour franchir une crête en terrain mixte et descendre de l’autre côté,
  • continuer avec les peaux et les couteaux pour atteindre le pied du deuxième col,
  • négocier un passage hyper raide(mais court)  à la descente, skis au pieds, avec les couteaux (je vous passe les détails sur mes états d’âmes à ce moment là),
  • remettre les skis sur le sac pour la monter au col,
  • rechausser les skis (parce que la neige ne porte plus) pour finir avec une dernière série de conversions acrobatiques.

Au col de Vaufrède

Tout en bas, c’est Cervinia

Enfin, lorsque nous atteignons le col Vaufrède vers 12h30, une petite accalmie nous permet de prendre quelques minutes pour nous grignoter une barre et boire quelques gorgées avant d’entamer la descente jusqu’à Cervinia. Celle-ci est moins raide que ce que j’avais imaginé et la bonne nouvelle c’est nous ne sommes pas dans le brouillard. La mauvaise nouvelle, c’est que la neige, hormis les 100 premiers mètres est absolument in-skiable (ou bien alors il faut être vraiment très motivé) : toute tracée (il y a des déposes hélico à cet endroit) et en neige hyper dure !

Pente raide au départ du col

Sous le glacier deVaufrède

Nous prenons donc notre temps pour faire les mille et quelques mètres qui nous séparent de la vallée. L’enneigement est encore assez bon et nous n’avons qu’un court portage à faire pour remonter à la route sur l’autre versant et rejoindre l’arrêt de bus le plus proche. Coup de bol, le prochain passage est prévu moins d’une demi-heure plus tard. Le vent est toujours aussi fort et glacial, mais le point positif est que le ciel s’est un peu dégagé et qu’il y a du soleil. A 14h29 tapantes, comme prévu, nous montons dans un bus qui nous dépose devant l’église de Cervinia cinq minutes plus tard. (J’entends déjà les remarques de certains qui vont dire qu’on aurait pu faire ça à pied… mais un, on en avait déjà plein les pattes et deux, sur le parcours il faut franchir un tunnel dont l’accès est interdit aux piétons !).

Au départ du téléphérique de Cervinia

Depuis le centre-ville, la petite montée pour rejoindre le départ du téléphérique me paraît interminable tellement je suis fatiguée, mais la bonne nouvelle c’est que les remontées fonctionnent. Jean-Pierre nous distribue nos forfaits et nous nous installons dans une cabine du premier tronçon qui nous amène à Plan Maison. En montant, nous parlons déjà de la bière que nous allons savourer et nous nous réjouissons de rejoindre le refuge chauffé après cette journée passée dans le froid… c’est alors que survient un dernier imprévu.

A Plan Maison, tandis que nous nous présentons au départ du tronçon suivant, les lumières du tableau d’affichage passent au rouge : toutes les remontées permettant de gagner le Plateau Rosa (où nous devons aller) viennent d’être arrêtées pour cause de vent trop violent. Nous ne sommes pas les seuls à vouloir nous rendre là haut (il y a aussi quelques skieurs suisses, venus de Zermatt et qui se retrouvent coincés en Italie), mais nous sommes les seuls à être accompagnés d’un professionnel. Jean-Pierre discute un moment avec les responsables des pistes et explique que nous sommes attendus au refuge, là haut. Un des pisteurs lui dit qu’on va trouver une solution, mais pour cela nous devons attendre jusqu’à 16h15, heure du changement des équipes.

Notre taxi pour le Plateau Rosa

On en profite pour aller au self du coin et on se boit du vin chaud avec une part de gâteau au chocolat. J’essaie de me réchauffer un peu, mais ce n’est pas évident. La fatigue aidant, je me mets en mode grelottement non stop sans pouvoir me maîtriser… et ça va durer comme ça jusqu’à ce que j’aille me coucher ce soir. Enfin, après 90 minutes d’attente, une bonne surprise nous attend. Le pisteur vient nous annoncer que c’est tout bon et qu’on va nous monter au Plateau Rosa… en chenillette ! Il nous désigne deux énormes engins (des Pisten Bully) et nous dit de nous répartir à deux par véhicule.

Notre chauffeur de Pisten Bully

Le Plateau Rosa est en vue

Un des chauffeurs m’aide à grimper (c’est engins sont énormes !) pour m’installer dans la cabine tandis qu’il fixe nos skis sur la plage arrière. L’habitacle peut accueillir 3 personnes et offre le même confort qu’une voiture de tourisme, y compris le chauffage et le lecteur de CD ! Du coup nous terminons cette journée par une belle balade sur les pistes. Une remontée de 1000 mètres de dénivelé jusqu’à devant la porte du refuge… le luxe, quoi ! Il est près de 17h lorsque nous arrivons enfin au refuge des Guides du Cervin, un véritable havre de paix et de chaleur à 3500 m tandis que dehors, la tempête de vent continue à faire rage et que le thermomètre indique -15°C.


Vue sur la descente de Vaufrède (depuis la fenêtre des toilettes)

Le vent a soufflé toute la nuit sans discontinuer et ce matin, c’est toujours la tempête de foehn. Par contre, le ciel est totalement dégagé et nous profitons d’une vue magnifique sur les montagnes qui nous entourent. J’en profite pour aller faire une photo de la descente d’hier depuis la fenêtre des toilettes qui offre un POV idéal (pour les non initiés, POV = Point Of View, en français : point de vue).

Seuls sur les pistes

Arrivée sur le domaine skiable suisse

En principe, nous avions prévu de gravir le Breithorn (4165 m) avant de rejoindre Zermatt par la descente du Schwarztor. Cela aurait été un magnifique bouquet final à ce beau raid de 4 jours, mais compte tenu des conditions météo, aucun d’entre nous n’est très « chaud » pour aller là haut (sans jeu de mots) ! Du coup nous optons pour une descente directe sur Zermatt par les pistes. Une descente que nous prenons toute de même le temps de déguster tant la lumière est belle (je fais le plein de photos)… et puis ce n’est pas tout les jours que l’on profite des pistes juste pour soi ! En effet, vue l’heure matinale (nous entamons la descente vers 8h30), les remontées ne fonctionnent pas encore. C’est tout juste si nous verrons quelques collants-pipettes (cf. mon précédent billet) qui remontent les pistes pour s’entraîner.

Klein Matterhorn

Obergabelhorn et Zinalrothorn

Zinalrothorn

A Zermatt, nous profitons de l’attente de notre train pour déguster un deuxième petit déjeuner au buffet de la gare et puis nous entamons le trajet en train qui nous permet de retrouver le véhicule laissé à Sion trois jours plus tôt. Finalement, pour un week-end pascal avec une météo pourrie, je trouve que nous avons bien tiré notre épingle du jeu !

Arrivée à Zermatt

Toutes les photos sur Flickr


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