Piccolo Lagazuoi – Sur les traces de la Grande Guerre

Retrouvez toutes les photos de cet article, ainsi que d’autres, dans ma galerie Flickr.


Dans mon dernier billet, je vous avais laissé sous la pluie, après notre belle escalade du Campanile Basso. Une fois redescendus, nous avons profité de cette journée maussade pour faire un peu de route et nous poser juste sous le col de Falzarego, un secteur qui offre quelques belles voies d’escalade, pas trop longues.

Le lendemain de notre arrivée, le temps est toujours à la pluie. Ce n’est pas vraiment une surprise puisque cela correspond aux prévisions, mais la bonne nouvelle c’est que le soleil devrait revenir le lendemain. Pour occuper notre journée et comme on ne peut pas grimper sur le rocher, on décide d’aller crapahuter à l’intérieur du rocher…

Jour gris sur le Piccolo Lagazuoi

Salamandre noire sur le sentier

En effet le Piccolo Lagazuoi marque l’emplacement de la ligne de front entre les Italiens et les Autrichiens lors de la Première Guerre mondiale et pendant plusieurs années, les troupes n’ont pas hésiter à creuser des kilomètres de galeries à l’intérieur de la montagne dans le but de se protéger et de dominer l’adversaire. Voici un (très) bref résumé historique, mais si vous voulez en savoir plus, n’hésitez pas à aller consulter des sites plus spécialisés que le mien… car j’ai toujours été nulle en histoire ! ;)

Photo de l’époque

Le plan des galeries

C’est en mai 1915 que la guerre est déclarée entre l’Italie et l’Empire Austro-Hongrois. Très rapidement une ligne de front s’établit entre les deux pays qui va du Stelvio jusqu’à la Mer Adriatique. Celle-ci passe précisément par le col de Falzarego. Les troupes s’installent de part et d’autre de cette ligne, dans une guerre de positions. Dans la région de Falazrego, les troupes autrichiennes établissent des tranchées au-dessus du col et des positions de tir au sommet du Piccolo Lagazuoi, ainsi que sur le Tre Sassi, situé juste en face. Les italiens, eux, occupent les Cinque Torri, de l’autre côté du col.

C’est à  gauche !

La vire Martini

Il ne se passe pas grand chose, jusqu’au mois d’octobre de cette même année, où, manoeuvrant dans la nuit, les troupes italiennes arrivent à prendre possession d’une vire située à mi-hauteur du Piccolo Lagazuoi. Ils appelleront celle-ci la Cengia (vire) Martini en l’honneur de leur Capitaine. A partir de là, la guerre va se transformer en un jeu de mines dont le but était de déloger l’adversaire à coup d’explosifs.

Un bac pour la récupération d’eau sur la vire Martini

Sur la vire Martini

Sur la vire Martini

Tandis que les italiens consolident leur position sur la Cengia Martini (ils construisent de véritables baraquements avec des monte charges pour assurer le ravitaillement), les autrichiens, eux, tentent de les déloger en provoquant des éboulements à coups d’explosions. Pour cela, ils creusent de véritables tunnels dans la montagne afin de pouvoir s’approcher au mieux de l’ennemi. De leur côté, les italiens ne sont pas en reste puisqu’eux aussi jouent aux taupes pour aller poser des mines juste sous le sommet où sont stationnées une partie des troupes autrichiennes. Ils espèrent ainsi pouvoir faire s’écrouler la montagne sous les positions ennemies.

Sur la vire Martini

Cabanes des officiers

Pour surveiller les troupes autrichiennes

Bref, ce sont des kilomètres de galeries qui sont creusées pendant environ deux ans et pas moins de 5 explosions (quatre autrichiennes et une seule italienne) qui sont déclenchées sur le Piccolo Lagazuoi, défigurant ce sommet à tout jamais. Aujourd’hui encore, les zones d’éboulement sont bien visibles au centre et au pied de la montagne…

Descente

Etayage

Un siècle plus tard, certains de ces tunnels ont été équipés de câbles (pour la sécurité) et sont ouverts au public. L’accès est libre et se fait sous la responsabilité de chacun (!). La majorité des visiteurs emprunte généralement le téléphérique jusqu’au sommet et effectue la visite dans le sens de la descente, mais nous décidons de faire le contraire. Ca nous fera toujours un peu dénivelé (600 mètres quand même) dans les jambes, à défaut de pouvoir faire une journée d’escalade.

Salle reconstituée

Pendant toute la matinée nous allons nous promener à travers cette montagne, transformée en un véritable gruyère ! Les galeries se croisent et s’entrecroisent. Certaines se sont effondrées et ne sont plus accessibles. Par endroits, un travail de reconstitution tente de mieux nous faire comprendre ce que pouvait être la vie de ces hommes qui sont restés, pour certains, plus de deux ans accrochés à cette montagne. Des panneaux d’informations sont également en place avec des photos d’époque pour nous mettre dans l’ambiance. Tout ça est assez impressionnant. Si la visite vous tente, n’oubliez pas de prendre une lampe frontale car il n’y a pas d’éclairage.

Traces d’explosifs au plafond

Sacs de sables pour se protéger des explosions

Après avoir parcouru la Cengia Martini en aller-retour, puis remonté la galerie italienne répertoriée sous le code G9, nous débouchons près du sommet où l’on peut encore voir des tranchées et des barbelés de l’époque. Le temps est toujours à la pluie et nous parcourons les derniers mètres au pas de course avant d’aller nous mettre à l’abri dans le sympathique Rifugio Lagazuoi situé juste au-dessus de l’arrivée du téléphérique. Ca tombe bien, c’est justement l’heure du déjeuner. :)

Au sommet, des barbelés de l’époque

Après un délicieux repas, un rapide coup d’oeil par la fenêtre nous fait choisir l’option téléphérique pour descendre. C’est dommage, car il y un sentier historique, appelé Sentiero  dei Kaiserjäger qui permet de visiter  les emplacements des tranchées autrichiennes tout en rejoignant le pied de la montagne.

Téléphérique dans les nuages

Pour finir la journée, et compléter notre leçon d’histoire, nous allons faire un tour au Fort Tre Sassi qui se trouve juste un peu plus loin. Cet ancien fort autrichien est aujourd’hui transformé en musée de la Grande Guerre et on peut y voit une collection impressionnante d’objets et de matériel de l’époque, dont une grande partie a été ramassée sur les lieux.

Fort Tre Sassi, transformé en musée

Casque

Raquette à  neige

Lunettes de glacier

Pelles trouées par les balles

Casques et pelles

Une salle remplie de matériel trouvé sur place

Après cette journée culturelle et humide, nous regagnons notre petit hôtel, en espérant que demain nous pourrons aller nous défouler sur un rocher sec…

Photos : L’album photos de ce voyage sur Flickr

Les liens pour en savoir plus :

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Brigitte Djajsasmita

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