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« Welcome to Sochi! » Les mots s’affichent sur une immense banderole qui orne le bâtiment de la douane sur le port de Sochi. Nous sommes le 10 août 2007. Un mois plus tôt, à Guatemala City, le CIO a décidé d’attribuer l’organisation des JO d’hiver 2014 à cette ville. Pour le moment, alors que cela fait près d’une demie heure que nous poireautons avec notre pile de bagages sur le parking de la douane en plein soleil et par plus de 40°C, on a un peu de peine à imaginer que l’on puisse pratiquer autre chose que le ski nautique dans le coin.

Notre petit groupe de six, augmenté des deux Turcs qui se sont joints à nous, vient tout juste de débarquer du ferry qui a fait la traversée de la Mer Noire pendant la nuit. Nous arrivons de Turquie, où nous avons passé la première partie de ces vacances à gravir le Mont Ararat, un sommet de plus de 5000 mètres situé tout à l’Est du pays, non loin de la frontière avec l’Iran. Et maintenant nous entamons la deuxième partie du voyage dont le but est d’atteindre le sommet de l’Elbrouz (5642 m), considéré comme le point culminant de l’Europe.

Arrivée à Sothci

Arrivée à Sotchi par la Mer Noire

Notre bateau, le Princess Victoria

Notre bateau, le Princess Victoria, qui bat pavillon cambodgien !

Depuis que le bateau a accosté vers midi, les choses se sont plutôt assez bien passées pour notre entrée en Russie. Certes, il faut faire plusieurs fois la queue, faire scanner ses bagages et montrer plusieurs fois son passeport à des hommes en uniforme et plus ou moins bardés de galons. Mais dans l’ensemble ces fonctionnaires se sont montrés assez avenants et certains nous ont même souhaité la bienvenue tout en nous gratifiant d’un timide sourire. Et juste au moment où l’on se dit que finalement l’administration russe n’est pas aussi terrible qu’on veut bien le dire, le vent va tourner.

Tandis que nous avançons avec tous nos sacs vers la sortie du bâtiment, un homme en uniforme (encore un !) se place devant nous (genre armoire à glace) et nous barre l’accès à la porte. Comme tous les autres, il demande à voir nos passeports. Et comme ça fait plus d’une demie-heure qu’on subit un entraînement intense à cet exercice (réflexe de Pavlov), nous lui remettons docilement nos documents. Sauf que cette fois, comme il n’y a pas de guichet, ce monsieur embarque nos passeports et nous fait signe que nous devons l’attendre à l’extérieur du bâtiment (sous la fameuse banderole « Welcome to Sotchi »).

Le port de Sotchi

Le port de Sotchi

Au bout d’un long moment, comme il ne se passe rien et que le monsieur en uniforme est juste allé un peu plus loin (à l’ombre) pour discuter avec deux de ses acolytes et qu’il a toujours la pile de passeports dans ses mains, Jean-Yves, qui parle un peu le Russe, décide d’aller lui demander ce qu’il se passe. Les uniformes reviennent alors vers notre groupe et nous demandent pourquoi nous sommes ici. Nous leur expliquons que nous venons pour gravir l’Elbrouz. Et comme ce n’est pas tout à fait la porte d’à côté, on en profite pour expliquer aussi qu’on est un peu pressé car il faut qu’on aille à la gare pour voir si on peut trouver un train de nuit pour nous emmener à Mineralnye Vody où nous avons rendez-vous le lendemain matin avec notre guide russe. Pour appuyer notre discours, nous sortons les copies de nos lettres d’invitation, documents indispensables pour toute personne souhaitant mettre les pieds sur les pentes du toit de l’Europe.

Les uniformes s’éloignent pour discuter entre eux, loin des oreilles indiscrètes de Jean-Yves. A ce moment là il est déjà clair pour nous que ces hommes n’ont rien à voir avec l’administration douanière. En fait il s’agit de la Police Municipale de Sotchi et leur but est simple : nous faire payer un bakchich afin de pouvoir récupérer nos passeports et poursuivre notre voyage. Nous apprendrons d’ailleurs  le lendemain en discutant avec d’autres grimpeurs que c’est une pratique courante dans cette province située à plus de 1300 km de la capitale, très loin de l’oeil de Moscou. Les étrangers sont régulièrement « pris en otage » à leur arrivée dans le Caucase du Nord. Ils ont alors le choix de payer pour reprendre leur passeport ou bien attendre patiemment que les fonctionnaires corrompus veuillent bien leur rendre. Attente qui peut parfois durer 6 à 8 heures, voire plus.

La gare de Sotchi

La gare de Sotchi

Entre temps les policiers sont revenus vers nous et nous font comprendre que nous devons nous déplacer avec tous nos bagages pour aller devant le poste de police qui se trouve 200 mètres plus loin. Nous nous relayons pour transporter tous nos sacs de matériel de montagne, toujours en plein soleil et par plus de 40°C, tandis que les trois policiers nous regardent en rigolant. Et puis Jean-Yves est invité à suivre ces messieurs à l’intérieur du bâtiment et la porte se verrouille bruyamment derrière lui. Il nous dira par la suite qu’il a eu un peu la trouille quand il s’est trouvé seul face à ces hommes dont le seul but était visiblement de l’intimider. Mais heureusement cette intimidation ne sera que verbale.

Une dizaine de minutes plus tard Jean-Yves revient en confirmant ce que nous avions déjà compris : les policiers demandent 10 dollars par personne pour nous rendre nos passeports, sinon nous devrons continuer à attendre ici pour une durée indéterminée. Le montant n’est certes pas très important, mais c’est juste le principe qui nous écœure. La plupart d’entre nous sommes de « grands » voyageurs, et ça n’est encore jamais arrivé à personne de devoir graisser la patte à un fonctionnaire, juste pour pouvoir entrer dans un pays.Tandis que je sors le billet de 10 dollars de mon portefeuille, je lève les yeux vers l’affiche qui annonce l’organisation des JO de 2014 et je me dis que peut être ceux-ci serviront au moins à enrayer le problème de corruption qui règne dans cette province isolée.

A Mineralnye Vody

A Mineralnye Vody le lendemain matin, avec tous nos bagages

Aujourd’hui, sept ans plus tard, alors que la cérémonie d’ouverture vient tout juste de se terminer, je me dis que la Police Municipale n’a probablement pas reçue 10 dollars de la part de chaque étranger qui a débarqué cette semaine à Sotchi, mais la corruption en Russie n’a pas disparu pour autant. Cette fois, ça s’est juste passé à un autre niveau.

Quelques articles et reportages sur l’organisation des JO de Sotchi :

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